Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoit Hamon sont les favoris de la primaire de la gauche, avant le deuxième débat, ce dimanche 15 janvier. Voilà pourquoi ils se présentent, avec quelles valeurs, et ce qu’ils jouent dans l’élection

A quelques heures du deuxième débat de la primaire de la gauche et des écologistes, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoit Hamon sont les trois favoris de l’élection, pour des raisons très différentes.

Manuel Valls
Manuel Valls

Pourquoi est-il candidat ?

Il se présente, car il estime qu’il est plus à même que François Hollande de défendre le bilan du quinquennat. Il est le favori du scrutin et le candidat le plus recherché sur Google.

Ses valeurs

Premier ministre pendant deux ans et huit mois, il a incarné le tournant économique libéral et a mené le pays sous l’état d’urgence. Ces deux symboles ne sont pas ceux de la gauche traditionnelle, qui sera sûrement celle qui va voter lors de la primaire.
Depuis sa candidature, il a assoupli sa posture : il est contre le 49.3 (qu’il a pourtant utilisé six fois), et n’hésite pas à se revendiquer de gauche. Cela risque de ne pas suffire, Valls s’est toujours positionné comme le politique de gauche spécialiste des questions de sécurité et plutôt libéral économiquement.

Que joue-t-il dans cette primaire ?

Il prend pour acquis qu’Hollande a fait son temps, mais il pense qu’il peut continuer le travail commencé en tant que chef du gouvernement. Pour cela, il n’a pas d’autre choix que remporter la primaire. Gagner la présidentielle sera très compliqué pour lui : il est l’incarnation du bilan de François Hollande. A défaut de victoire à la primaire, il aura du mal à revendiquer d’être le leader du parti, d’autant qu’il a de vraies différences idéologiques avec les autres favoris. Et les ténors du parti ne l’apprécient pas tous : Royal, Aubry… Même Hollande lui en veut.

Pourquoi est-il dans les trois favoris ?

C’est le candidat du gouvernement et du président au pouvoir. Il peut revendiquer la légitimité d’un président élu au suffrage universel en 2012, qui dispose de la majorité pour gouverner. Manuel Valls est aussi le candidat à la primaire le plus soutenu par le Parlement et le gouvernement. Il a été le premier ministre de l’état d’urgence et de la fermeté à l’égard des terroristes. Un peu trop ferme, même trouveront certains. Il doit assumer les échecs du mandat d’Hollande, mais il peut aussi en revendiquer les réussites : l’accord sur le climat, le chômage qui baisse depuis quelques mois…

Arnaud Montebourg
Arnaud Montebourg

Pourquoi est-il candidat ?

Même s’il a été ministre de l’Economie -un poste important dans un gouvernement-, Montebourg revendique depuis plus de cinq ans une posture d’opposition au sein même du parti et du gouvernement. Il avait d’ailleurs été forcé de démissionner après avoir un peu trop critiqué la politique économique du gouvernement.

A la fin de son mandat de ministre, il a siégé au conseil de surveillance d’Habitat et a investi dans une startup. Il s’est présenté en août 2016.

Ses valeurs

Arnaud Montebourg a beaucoup plaidé pour la VIe république et la démondialisation, deux thèmes forts de sa candidature à la primaire socialiste de 2012 (il avait fini 3e, derrière Martine Aubry et François Hollande). Les deux termes ne sont plus cités en tant que tels dans son programme pour 2017, mais ils l’ont inspiré. Montebourg n’appelle plus à une VIe république, mais à une “république nouvelle”. Le terme démondialisation a été abandonné au profit de la promotion du “fabriqué en France” : il s’agit de promouvoir les produits français face à la concurrence internationale en étant protectionniste (mettre des barrières, notamment financières, pour les entreprises étrangères qui veulent investir en France, et donc mieux protéger les sociétés et les produits français).

Que joue-t-il dans la primaire ?

S’il l’emporte, il peut incarner un parti socialiste bien plus ancré à gauche qu’avec Manuel Valls. Mais plus proche idéologiquement de Jean-Luc Mélenchon.

S’il ne gagne pas la primaire, il sera sûrement l’un des ténors du parti après mai 2017. En somme, il a peu à perdre.

Pourquoi est-il dans les trois favoris ?

Il ne s’est pas présenté sur un coup de tête. Durant tout le mandat de François Hollande, il a essayé d’avoir une ligne et de s’y tenir. Il a préféré démissionner du gouvernement que défendre une politique en laquelle il ne croyait pas. Cette impression de droiture et de probité peut le servir. Son programme semble sérieux et préparé. Sa candidature, contrairement à celle de Manuel Valls, n’a pas été précipitée.

Benoit Hamon
Benoit Hamon

Pourquoi est-il candidat ?

Comme Arnaud Montebourg, Benoit Hamon a été un des socialistes critiques du gouvernement et du mandat de François Hollande. Et après sa sortie du gouvernement, en même temps que Montebourg, Hamon a été député. Il s’est opposé à la loi travail, un des projets phares de François Hollande et Manuel Valls. Il s’est aussi plusieurs fois désolidarisé de Hollande sur des polémiques. Sur cette campagne, les thématiques qu’ils portent lui permettent de s’affirmer comme un des favoris. Mais il a beaucoup à perdre lors des débats.

Ses valeurs

Benoit Hamon est plutôt à gauche du parti socialiste et revendique une posture “moderne” : partisan d’un revenu universel, de la légalisation du cannabis, très europhile, avec un regard sur le numérique.

Que joue-t-il dans la primaire ?

Pour lui, la primaire sera réussie s’il atteint le deuxième tour. Mais un bon score, tout proche de la deuxième place, lui ira bien aussi. Il pourra s’affirmer comme l’un des nouveaux leaders du PS et de la gauche française. Des trois favoris, il est celui qui a le plus à perdre : il risque de briser sa bonne dynamique alors que beaucoup le présentent comme la potentielle surprise de la primaire, équivalente à la victoire de François Fillon lors de la primaire de la droite.

Pourquoi est-il dans les trois favoris ?

C’est le moins connu des trois favoris. Il a été plus discret ces derniers mois qu’Arnaud Montebourg. Il bénéficie de l’effet « outsider » et se positionne sur des propositions que l’opinion publique retient bien : légalisation du cannabis, revenu universel. Ses meetings font salle comble, et les médias, de peur de passer à côté de la surprise de la primaire, relaient abondamment les prises de position de Benoit Hamon.