L'analyse de la promesse de la légalisation du cannabis montre un consensus assez large et des retombées plutôt positives. Mais cela ne change rien aux effets nocifs de la consommation du produit

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon promettent une légalisation de la consommation de cannabis. Emmanuel Macron plaide pour une dépénalisation sous la forme de contravention. L’occasion de passer la mesure dans notre radar de décryptage des promesses de campagne.

C’est quoi, ce radar ?

Pour la présidentielle, 2K17 analyse une dizaine de mesures proposées par les candidats à la présidentielle. Pour ce faire, nous avons créé une visualisation. Plus une mesure occupe du volume dans la visualisation, plus elle est considérée comme « positive ». Inversement, moins une mesure occupe de l’espace, plus elle est « cynique ».

Le barème (survolez les points pour plus d’infos) :

 

Qu’en conclure ?

Après le passage dans le barème, la mesure est plutôt positive. Économiquement, les chiffres retenus par le think tank Terra Nova (proche du PS, et partisan d’une légalisation) plaident en faveur d’une légalisation. Nous avons retenu pour ce barème l’hypothèse de légalisation la plus pessimiste. La vente contrôlée du cannabis et la maîtrise par l’Etat des différentes étapes de la distribution laissent augurer des rentrées monétaires régulières, environ 26 euros par personne et par an. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon promettent de réinvestir cet argent pour aider à la prévention des dépendances.

Le point noir principal pour la mesure, ce sont les effets secondaires. Dans quelle mesure une légalisation va-t-elle encourager la consommation d’une substance qui a des conséquences néfastes sur la santé ? Impossible de le savoir, mais cela explique la note de 3 au critère des objectifs. Cependant, une légalisation permettrait aussi de contrôler la qualité du produit vendu, et de maîtriser davantage les risques.

Quand au critère “réalisable”, les candidats de gauche plaident dans leur ensemble à minima pour la dépénalisation, cela laisse plutôt augurer un passage sans souci devant le Parlement si un président de gauche obtient la majorité à l’Assemblée nationale. A ce stade de la campagne, néanmoins, les chances de Hamon et Mélenchon sont compromises.

Le rapport cible de la mesure, et cible concrète pose peu de questions : la mesure vise à mieux protéger les consommateurs et lutter contre les trafics. Une telle mesure ne changerait pas grand chose à la vie des non consommateurs. Cette mesure est aussi un marqueur pour les candidats qui la soutiennent : ils peuvent la revendiquer comme une avancée sociale.

Au nombre de personnes touchées, la mesure obtient 4/5. D’après les estimations les plus récentes, un Français sur deux a consommé du cannabis. Environ 3 personnes sur 10 en consomment actuellement. L’objectif de la légalisation est aussi de réduire les trafics en proposant une offre légale et encadrée. En 2010, la police a procédé à 135 000 interpellations pour usage de stupéfiants. En 2007, la police a procédé à 75 000 saisies de cannabis.

 

Notre méthodologie :

Chaque promesse est évaluée d’après les mêmes critères, établis en amont.
En théorie, plus une mesure occupe du volume dans la visualisation, plus elle s’approche d’une mesure idéale.

Pour notre barème, une mesure idéale -toutes choses égales par ailleurs- touche de nombreuses personnes, est réalisable, n’a pas ou peu d’effets secondaires négatifs et ne coûte rien aux Français.

Une mesure cynique s’adresse aux gens qu’elle ne touche pas, a des effets secondaires négatifs, est compliquée à mettre en oeuvre.

Les données, ainsi que le code source de la visualisation sont sous licence Creative Commons. Il est possible de les adapter et de les réutiliser.

Le critère 0 est attribué quand il nous paraît impossible de juger la mesure.

 

Sources des données:

Les données concernant les mesures et le barème (ainsi que les sources utilisées) sont consultables ici.

La visualisation est réalisée avec la librairie d3.js. Le code source est disponible ici. Il est inspiré de cette visualisation.

Le projet a été réalisé dans le cadre du CFJ et encadré par Alexandre Léchenet.